dimanche 8 septembre 2013

L'entrée du Christ à Bruxelles

Quatrième de couverture 
 
Par une journée grise et ordinaire, une brève nouvelle apparaît sur Internet : Jésus-Christ va bientôt faire son entrée à Bruxelles. Les Belges accueillent l'information avec sérieux et sérénité. Leur pays est une destination favorite de la Sainte Famille et la Vierge y est plus d'une fois apparue. Les questions se posent cependant : qui aura le privilège d'accueillir le Christ? À qui donnera-t-il ses premières interviews? En quelle langue? Une fièvre de préparatifs s'empare des habitants de la ville, toutes communautés et religions confondues. Seuls les catholiques paraissent inquiets...
 
En quatorze "stations" qui sont autant d'humoristiques examens de soi, de la Belgique et finalement du monde contemporain, Dimitri Verhulst nous embarque dans une fable d'une irrésistible drôlerie.
 
Mon (humble) avis
 
Excellent ! J'ai réellement apprécié cette lecture savoureuse. Nous voici, au travers d'un événement très singulier, en train d'observer les réactions de ce pays, divisé sur bien des points, mais dont les citoyens partagent au final plus que ce que l'on pourrait croire.
 
Avec un regard tout de même un peu caustique, Dimitri Verhulst nous parle de la Belgique, mais aussi de la ferveur qu'un événement tel que le retour du Christ pourrait provoquer. C'est léger, le ton est humoristique, mais il y a indéniablement du message là-derrière ! 
 
Bien-sûr, chacun y sera sensible de différentes manières, mais je vous conseille de tenter l'aventure !
 
Voici deux extraits, certes assez long, mais assez représentatif du ton et de l'écriture de l'auteur :
 
"La Belgique est l'hypocondriaque de la géographie : l'État qui, croyant ne plus en avoir pour longtemps, n'investit qu'à contrecœur en lui-même, et qui, comme il continue vaille que vaille à exister, est devenu une nation essoufflée courant éternellement après elle-même.
...
Et c'est ainsi que, depuis un certain nombre d'années consécutives, nous marquions d'une main hésitante sur le calendrier la célébration de notre fête nationale (le 21 juillet, eh oui, le jour où notre premier roi - un Allemand - prêta serment en 1831 avec une légère répugnance)."
 
"Mais c'est précisément parce que j'ai une telle aversion pour les échafaudeurs de barricades qui se réclament de leur origine que j'ai toujours trouvé plaisant d'être belge. Car belge, on a toujours su l'être avec verve sans éprouver le besoin de se définir en tant que tel, et ce à travers toute notre histoire tricolore. Un pays où l'on ne se croit jamais obligé d'être un grandiose interprète de l'hymne national. Où personne ne se montre vraiment soucieux de chanter sans bavures le tralala national. Nos trois langues vernaculaires officielles y sont peut-être pour quelque chose. On en vient vite à une sacrée cacophonie lorsque tout un troupeau célèbre la patrie chacun dans sa propre langue au même moment. À quelques exceptions près, je n'ai jamais eu l'occasion d'entendre le moindre chat miauler le texte intégral de notre hymne et c'est une bonne nouvelle. Aux occasions de plus en plus rares où notre équipe nationale réussit à se qualifier pour un championnat, lors de la cérémonie protocolaire précédant la défaite, nos joueurs tout comme leurs supporters se contentent d'un fredonnement malicieux. Ou encore remplacent-ils les paroles par "la la la". Oui, on "lalate" massivement la brabançonne et ça m'a toujours paru de pure logique de se prononcer sur nous-mêmes en ces termes dadaïstes. Croyez-moi, je me suis toujours félicité d'être citoyen d'un petit royaume dont l'hymne national a pour texte officieux "la la la la la la la la la la... la la la". Ça pétille d'allégresse. Et c'est tout de même d'une autre tenue que lorsque nous jodlions que notre patrie peut à tout moment revendiquer le sang de nos veines, comme le livret original l'exigeait de ses exécutants.
Les Italiens appellent à se rassembler en cohortes prêtes à mourir. Les Arméniens crient à gorge déployée que la mort est la même pour tout le monde, mais que seul est heureux celui qui donne sa vie pour son pays. Les Chypriotes se comparent volontiers au sabre dont la simple vue fait trembler tout un chacun. Une joyeuse pagaille en perspective lors des prologues officiels d'événements sportifs internationaux. Donnez-moi plutôt notre sympathique la la la, qui lui au moins ne sent pas la guerre.
La la la, sans frites, c'est la cata." 

J'ai à la maison un autre livre de cet auteur, mais d'après ma maman, c'est un autre style... Elle ne l'a même pas fini, mais je tenterai quand même (si jamais, ça s'appelle "La merditude des choses" ^^)


18/20
 
Étape à Bruxelles

Références :
Auteur : Dimitri Verhulst
Titre : L'entrée du Christ à Bruxelles
Genre : Contemporain
Edition : Denoël
Mon appréciation : Très bien
 

2 commentaires:

  1. Haha ça a l'air excellent xD Le jour où je mets la main dessus, il passera direct dans ma PAL :D

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